Toute la lumière sur l'écoconception

Par Marc Tison


 

Philips Lumec intègre l’écoconception dans sa création de luminaires depuis 2006. Avec de brillants résultats. À l’œil, rien ne signale que le luminaire routier RoadStar de Philips Lumec a été mis au point dans une démarche d’écoconception. Et c’est exactement ce qu’on voulait. Une coque oblongue en aluminium, des lignes subtilement arquées, comme une main tendue au-dessus de la route… on est loin de la lanterne en papier de riz de culture biologique ! En fait, quand Philips Lumec a confié à la firme de consultants Morelli Designers la mise au point finale de sa famille de luminaires RoadStar, le mot écoconception n’apparaissait nulle part dans son cahier des charges.

 
 

Le luminaire routier RoadStar de Philips Lumec, conçu par l'agence de design industriel Morelli Designers, a été développé dans une démarche d'écoconception.

 
 

« On n’avait pas de critères d’écoconception, confie Michel Morelli, le président de la firme de design. Mais même si elles n’en avaient pas l’étiquette, les spécifications incorporaient déjà les paramètres d’écoconception fixés par Philips Lumec », explique-t-il. C’est dire à quel point l’écoconception se fond dans son processus de développement de produits.

Mis en marché en 2009, RoadStar a été un des premiers luminaires à émerger du processus d’écoconception mis en place chez Philips Lumec. L’entreprise cherchait notamment à réduire la consommation d’énergie de ses produits,
grâce entre autres aux nouvelles plaques garnies de diodes électroluminescentes qu’elle avait mises au point. « Il fallaitcréer un produit le plus mince possible, qui dissipe la chaleur des DEL et qui soit peu coûteux », résume Michel Morelli. Résultat, un luminaire RoadStar consomme jusqu’à 50 % moins d’énergie que le traditionnel lampadaire routier au long col courbe. 

« Le succès de RoadStar est d’abord dû au fait que c’est un produit très performant qui répond aux besoins des clients », observe Jonathan Hardy, responsable du développement de nouveaux produits chez Philips Lumec. « L’aspect environnemental était bien sûr mis de l’avant mais, à la base, c’est parce que, au plan de ses éléments clés, notre luminaire surpassait la compétition. C’est cet heureux amalgame qui lui a valu son succès, pas seulement son écoconception. » Le secret était là : l’écoconception avait contribué à en faire un meilleur produit.

L'écoconception chez Philips Lumec
L’écoconception consiste « à quantifier et à minimiser les impacts environnementaux du produit, depuis sa fabrication jusqu’à la fin de sa vie utile », résume Jonathan Hardy. C’est lui qui a introduit la démarche chez Philips Lumec en 2006, alors qu’il travaillait encore comme designer industriel. À l’affût des tendances et des nouveautés, il avait assisté à une conférence sur l’écoconception. « Je me suis aperçu que c’était une autre façon de voir le développement de produits et que ça pouvait répondre aux besoins de l’entreprise, autant sur les plans commercial et financier qu’en lien avec la nécessité de se démarquer sur le marché en innovant », relate-t-il. Convaincre la direction ne fut pas difficile : l’entreprise était alors dirigée par Jean-François Simard, lui-même designer.

Il fallait cependant inclure tous les services dans le processus et faire la démonstration que l’entreprise y trouverait son compte. « L’idée est de démontrer que tout le monde va être gagnant », énonce Jonathan Hardy. L’environnement ne doit pas être le seul bénéficiaire de la démarche. En fait, loin d’être un frein ou une contrainte, l’écoconception constitue un terreau, un catalyseur pour l’innovation en entreprise.
« L’écoconception nous a permis de passer à un autre niveau, celui de l’innovation radicale. » 

Innovation radicale ? Rien à voir avec l’extrémisme écologique. Il s’agit plutôt d’avoir une vision globale, totale, du produit dont on va faire ou refaire la conception. De mettre en œuvre une approche holistique de l’innovation, pour emprunter à un autre lexique. Car la démarche de développement de produits se trouve bonifiée par l’écoconception. « Ça amène plus de créativité, parce qu’on ne regarde pas le produit de la même façon », souligne Sylvain Plouffe, professeur à l’École de design industriel de l’Université de Montréal.

Le choc des idées
L’écoconception n’est pas non plus synonyme de tracasseries. « C’est même l’inverse, observe Alexandre Joyce, conseiller en développement durable et en développement de produits à l’Institut de développement de produits (IDP). L’écoconception nous permet de prendre du recul et de réfléchir à l’ensemble du cycle
de vie. Cette approche systématique multiplie les
possibilités d’innovation. »

La démarche d’écoconception introduit des objectifs contradictoires dans les critères du cahier des charges ?
« C’est là que se trouvent les pistes d’innovation ! », fait valoir Alexandre Joyce. Pour illustrer son propos, ce spécialiste cite l’exemple d’un fabricant de yogourt québécois qui voulait que ses boîtes de livraison soient plus solides, ce qui impliquait une plus grande utilisation de carton, au détriment des objectifs de réduction de matière de l’entreprise. En fouillant la question, les concepteurs ont compris que l’entreprise désirait en fait protéger certaines parties de ses produits contre les chocs. Dès lors, il s’agissait de mieux utiliser la matière et non d’en utiliser davantage ! En s’attaquant au véritable problème, les concepteurs ont gagné sur deux fronts.

 
 
 

« L'aspect environnemental était bien sûr mis de l'avant mais, à la base, c'est parce que, au plan de ses éléments clés, notre luminaire surpassait la compétition. C'est cet heureux amalgame qui lui a valu son succès,
pas seulement son écoconception. »

 

—  Jonathan Hardy — 
Développement de nouveaux produits, Philips Lumec

 
 

Multidisciplinarité
Parce qu’il est au cœur de la conception, le designer est au cœur du processus d’écoconception, mais il n’en est ni le grand prêtre ni un apôtre : « L’écoconception est une corde de plus à son arc », indique Jonathan Hardy. C’est là un autre facteur de succès : une vision d’ensemble ne se développe ni
en solo ni en vase clos. « L’écoconception met l’accent sur la multidisciplinarité des équipes de développement », ajoute-t-il.

À cet effet, il cite Leonis, le premier produit sur lequel Philips Lumec a planché avec des critères d’écoconception. Pour réduire le suremballage, il fallait – logique ! – que le produit soit plus facile à emballer, donc qu’il occupe moins de place. Dès le départ, « ça nous a amenés à considérer l’aspect d’un démontage plus facile. Auparavant, on développait un produit et ensuite on s’occupait de son emballage ». Résultat, Leonis est entièrement démontable, recyclable à 97 % et s’est montré 30 % plus efficace que ses concurrents et prédécesseurs.

L’écoconception procure suffisamment de bénéfices à Philips Lumec pour qu’elle souhaite en perpétuer l’usage. Depuis 2006, cinq familles de produits ont été conçues selon ces principes. Les dernières en date : les luminaires urbains UrbanScape et MetroScape.

 
 
 





INTÉGRATION DE L'ÉCOCONCEPTION AU PDP DE PHILIPS LUMEC




L'intégration d'une nouvelle plaque de diode permet à RoadStar de réduire de 50 % la consommation d'énergie par rapport au traditionnel luminaire routier.



 
 

— LE DESIGN… ÉCOPRAGMATIQUE ! — 

 
 

L’écoconception n’est ni une panacée ni une garantie de succès. « La barrière à l’écoconception, c’est qu’elle requiert plus d’efforts », reconnaît Alexandre Joyce, conseiller en développement durable et en développement de produits à l’Institut de développement de produits (IDP). Et une fois la démarche introduite, encore faut-il qu’elle soit bien appliquée. « La raison pour laquelle ça pourrait ne pas bien marcher, c’est qu’il y a un manque d’expertise en entreprise », ajoute-t-il. 

 
 
 

C’est sans doute une des raisons du succès de l’écoconception chez Philips Lumec : l’entreprise n’a pas hésité à faire appel, ne serait-ce que temporairement, à de l’expertise externe. Soutenue dans sa démarche par l’IDP, elle a également retenu les services d’un consultant pour mieux lancer le processus et engagé un stagiaire, étudiant à la maîtrise en développement durable. 

En somme, l’écoconception n’était pas un cataplasme. « Une des difficultés rencontrées est de bien intégrer l’écoconception dans le processus en place, indique Jonathan Hardy, gestionnaire, développement de nouveaux produits chez Philips Lumec. On ne veut pas de processus en parallèle. » 

 
 
 
 

On ne doit pas non plus viser un absolu écologique. « Il faut adopter une approche très pragmatique et réaliste par rapport à l’écoconception, poursuit M. Hardy. Je n’ai jamais prétendu qu’avec nos produits on allait changer radicalement le monde. » 

Le client achète d’abord un produit qui répond bien à ses besoins, à un coût réaliste. L’écoconception est un outil qui permet d’atteindre ces objectifs en considérant le problème dans une perspective plus large.

« C’est une démarche graduelle et, chaque fois, on fait face à toutes les contraintes habituelles des produits en matière de performance, de qualité, de coûts, expose Jonathan Hardy. À ça viennent s’ajouter les aspects d’écoconception et c’est important de leur accorder la même importance qu’aux autres contraintes. On ne doit pas accepter de recul sur les autres aspects du produit parce qu’on veut intégrer l’écoconception. »

 

« Un produit écoconçu est
rentable parce
qu'il est d'abord
un produit bien conçu. »

—  Sylvain Plouffe— 
Professeur à l’École de design industriel,
Université de Montréal

 
 

— ÉCOCONCEPTION: COÛT OU BÉNÉFICE ? —

L’écoconception est-elle rentable ?
Chose certaine, elle ne doit pas faire
perdre d’argent.

 
 

L’étude La profitabilité de l’écoconception : une analyse économique, commandée par l’Institut de développement de produits (IDP) et le Pôle Éco-conception et Management du cycle de vie de Saint-Étienne en France, avait fait un premier point sur la question en 2008. Relancée en 2013, l’étude a publié de nouveaux résultats en février 2014. 

Elle s’appuie sur les réponses de 119 entreprises québécoises et européennes. Un point positif, déjà : « En 2008, on avait eu toutes les difficultés du monde à joindre 15 entreprises québécoises mais, cette fois, on en a réuni 44 », souligne un des chercheurs, Sylvain Plouffe, professeur de design à l’École de design industriel de l’Université de Montréal, qui estime que de 200 à 250 entreprises québécoises pratiquent dorénavant l’écoconception.

Bonne nouvelle : selon l’étude, la marge bénéficiaire des produits écoconçus se situe en moyenne à 12 % au-dessus de celle des produits conçus de façon conventionnelle. « Il est généralement perçu que la protection de l’environnement se fait au détriment de la rentabilité de l’entreprise, mais ce n’est pas du tout le cas avec l’écoconception », avait commenté Bertrand Derome, directeur général de l’IDP, lors de la publication des résultats.

« Autre élément, 96 % des entreprises sont autant ou plus rentables en faisant de l’écoconception », observe de son côté Alexandre Joyce, conseiller en développement durable et en développement de produits à l’IDP. 

En fait, plus la démarche d’écoconception est rigoureuse et systématique, plus sa rentabilité est élevée, a révélé l’étude. « Un produit écoconçu est rentable parce qu’il est d’abord un produit bien conçu », souligne Sylvain Plouffe. 

Philips Lumec a participé aux études de 2008 et 2013.
« On mesure les ventes des produits verts : elles sont en croissance constante, précise Jonathan Hardy. L’autre grand avantage est l’image de marque qui en découle. »

Mais, il le reconnaît, ce dernier bénéfice est difficile à quantifier.

 
 

— L'ÉCOCONCEPTION EN PEU DE MOTS —

(question de réduire la matière première)

 
 

L’écoconception est une démarche de gestion de l’impact environnemental sur toute la durée de vie d’un produit ou d’un service. Dès la phase de conception du produit, son objectif est de réduire cet impact, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la production et la distribution du produit. Même l’utilisation et la disposition du produit en fin de vie utile sont prises en compte. Le service rendu ne doit toutefois pas être sacrifié : l’écoconception visera généralement – et réussira le plus souvent – à améliorer ses qualités et ses performances. 

 

Publié le 21 octobre 2014