Intégrer les acteurs clés au processus de développement de produits: Soucy Track

Par Anne Gaignaire


 

Si dans certains domaines d’activité, l’intégration du design industriel dans le processus de développement de produits (PDP) est fréquent, comme pour les produits récréatifs ou la fabrication de mobilier, dans d’autres, l’habitude n’est pas encore prise. Dépenses supplémentaires, rallongement des délais, projets difficilement commercialisables, les préjugés envers le design industriel sont tenaces. Mais voici trois entreprises dans des secteurs aussi diversifiés que l’équipement agricole, le mobilier de bureau et la photographie, qui ont chacune à leur manière recours au design industriel dans le PDP.


Cet article est la première de trois études de cas présentant l'expérience d'entreprises variées intégrant le design à leurs processus de développement de produits. 

Pour lire la deuxième étude de cas sur le projet Nex de Groupe Lacasse, cliquez ici
Pour lire la troisième étude de cas sur le projet IFlow Pro, cliquez ici.

 
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Système de chenilles pour tracteurs agricoles Soucy Track par Soucy International

 
 

PROJET SOUCY TRACK – SOUCY INTERNATIONAL : DU DESIGN INDUSTRIEL DANS DES CHENILLES DE TRACTEUR

Du design industriel dans un tracteur, cela peut paraître étonnant. Et pourtant… Soucy International, un groupe de conception et de fabrication de composants pour les principaux fabricants de véhicules récréatifs, industriels, agricoles et de défense situé à Drummondville, l’a intégré dans ses PDP il y a une dizaine d’années déjà.

En 2012, au moment de renouveler la gamme de produits Soucy Track, des systèmes de chenilles principalement pour tracteurs agricoles, c’était donc une évidence pour l’entreprise d’impliquer l’équipe de design industriel. « On a voulu apporter une touche de design même s’il s’agit d’un produit mécanique, très technique et agricole. Aujourd’hui, les tracteurs sont très stylisés et les acheteurs sont exigeants », explique Vincent Morin, directeur du design industriel, qui supervise six personnes dont quatre designers industriels.

Les membres de l’équipe de design ont été engagés dans le processus de développement du début jusqu’à la fin. Recueil des besoins clients, remue-méninges, élaboration de l’identité du produit, ébauche de la conception, croquis de présentation, maquette. Même dans les phases de conception, de prototypage et de préproduction, ils poursuivent leur travail.
« Avant, on s’impliquait selon le bon vouloir du chargé de projet. Aujourd’hui, ça fait partie intégrante du PDP. On ne quitte le projet qu’une fois le produit entré en production », se réjouit Vincent Morin. « Avoir une équipe de designers industriels à l’interne, c’est d’autant plus un avantage compétitif que c’est encore rare dans le domaine agricole et de l’équipement lourd. Le design industriel pousse tout le monde vers l’innovation, il est source de créativité », explique André Todd, le directeur général de Soucy International.

 
 

« Avant, on s’impliquait selon le bon vouloir du chargé de projet. Aujourd’hui, ça fait partie intégrante du PDP. On ne quitte le projet qu’une fois le produit entré en production »

—  Vincent Morin — 
Directeur du design industriel, Souci International

 

 

L'engagement de la direction, un incontournable

Même les services de vente et de marketing de l’entreprise ont perçu les bénéfices de l’intervention des designers, qui leur ont fourni des arguments de vente supplémentaires et ont inséré des schémas dans les soumissions. « Pour décrocher un contrat, il faut convaincre que notre concept est prometteur. L’équipe de design industriel est capable de faire vivre le concept, de s’adresser aux émotions. En cela, ils sont des outils de vente », constate André Todd.

Avec le service d’ingénierie, les relations, en revanche, ne vont pas toujours de soi : il faut les construire. « Ça demeure un combat car, pour les ingénieurs, le design industriel peut être vu comme une source d’augmentation des délais et des coûts », reconnaît André Todd.

La clé du succès : l’implication de la haute direction. « Il faut que ça vienne d’en haut. Il est important que le directeur du design industriel soit dans le comité de direction ; cela lui donne du crédit et permet de légitimer ses actions dans l’entreprise », recommande André Todd. Cette volonté d’inclusion de la haute direction à l’égard de l’équipe de design industriel doit aussi s’exprimer dans un PDP rigoureux et rédigé de telle manière que l’intervention de l’équipe de designers industriels à toutes les phases du processus soit clairement définie.

 

 
 
 

« Il faut que ça vienne d’en haut. Il est important que le directeur du design industriel soit dans le comité de direction ; cela lui donne du crédit et permet de légitimer ses actions dans l’entreprise »

—  André Todd — 
Directeur général, Souci International

 
 
 

Enfin, la personnalité des designers est un atout fondamental : « Je n’ai jamais imposé le design industriel, affirme Vincent Morin. J’ai toujours voulu montrer que c’était une évidence dans la valeur ajoutée apportée au produit sans forcément que cela ajoute de coûts, de poids ou de contraintes techniques. »

 

Publié le 21 octobre 2014

 
Vincent Cloutier