Intégrer les acteurs clés au processus de développement de produits: IFlow Pro

Par Anne Gaignaire


 

Si dans certains domaines d’activité, l’intégration du design industriel dans le processus de développement de produits (PDP) est fréquent, comme pour les produits récréatifs ou la fabrication de mobilier, dans d’autres, l’habitude n’est pas encore prise. Dépenses supplémentaires, rallongement des délais, projets difficilement commercialisables, les préjugés envers le design industriel sont tenaces. Mais voici trois entreprises dans des secteurs aussi diversifiés que l’équipement agricole, le mobilier de bureau et la photographie, qui ont chacune à leur manière recours au design industriel dans le PDP.


Cet article est la dernière de trois études de cas présentant l'expérience d'entreprises variées intégrant le design à leurs processus de développement de produits. 

Pour lire la première étude de cas sur la gamme de produits Soucy Track, de Souci International, cliquez ici.
Pour lire la deuxième étude de cas sur le projet Nex de Groupe Lacasse, cliquez ici.

 
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Support de stabilisation pour prise de photo en action IFlow Pro, design industriel par Tak Design

 
 

PROJET IFLOW PRO : LE DESIGN INDUSTRIEL EN SOUS-TRAITANCE

Pour l’IFlow Pro, un support de stabilisation pour prise de photo en action, la question du travail d’équipe ne s’est pas posée, puisque la firme de design industriel qui l’a conçu – Tak Design – comprend de facto des designers industriels et des ingénieurs qui travaillent de concert en permanence. C’est justement cela qui intéressait les clients : « On avait besoin du mélange de ces deux mondes », se souvient Richard Mourand, administrateur du projet IFlow Pro.

Une fois la commande passée, « on a tout remis à plat », relate Jo-Philippe Laflamme, cofondateur et copropriétaire de la firme. Avant qu’il passe entre les mains de Tak Design, l’IFlow Pro ne permettait qu’aux seuls utilisateurs de téléphone intelligent de poser leur appareil sur ce support. « On a conservé les lignes de base et fait plusieurs propositions en se mettant à la place du consommateur de façon à rendre le produit plus simple, plus maniable, plus intelligent », poursuit M. Laflamme.

 
 
 

« On a conservé les lignes de base et fait plusieurs propositions en se mettant à la place du consommateur de façon à rendre le produit plus simple, plus maniable, plus intelligent »

—  Jo-Philippe Laflamme — 
Cofondateur et copropriétaire, Tak Design

 
 
 

Le résultat : l’IFlow Pro a vu sa taille augmenter de 20 %. Grâce à cela, désormais, tous les appareils – téléphones intelligents, reflex et compacts – peuvent prendre place sur le support. Olivier St-Onge, le photographe à l’origine du projet, et son associé, Richard Mourand, avaient ébauché un prototype, mais « on était incapables de faire le design nous-mêmes. On voulait plus qu’une bonne fonctionnalité, on tenait à ce que le produit ait de la gueule, avec un design simple et efficace », précise Richard Mourand.

Les deux hommes voulaient créer une entreprise la plus souple possible : « Pas de bureau, pas d’employés, pas de frais fixes », résume M. Mourand. Les ventes se font sur Internet et par l’entremise de distributeurs intéressés par le produit. Dans ce contexte, il n’était pas question de recruter un designer industriel à l’interne. C’est pourquoi ils ont eu recours aux services d’un sous-traitant.

 

Des allers-retours constants entre le designer et son client

 

Le processus de développement, qui a été relativement court – six mois – a nécessité de nombreux contacts (courriels, vidéos, Skype, etc.) entre Tak Design et ses clients à toutes les phases du travail. Celui-ci a commencé par un traditionnel remue-méninges, puis la firme a pu présenter plusieurs idées de styles et de solutions d’ingénierie. Après le choix du projet arrêté par le client et des dessins jusqu’au quart de millimètre près de chaque pièce, plusieurs vagues de prototypes ont été réalisées, jusqu’à atteindre le produit final. « Le designer est présent à chacune des étapes pour s’assurer que le look de l’objet est toujours respecté », précise Jo-Philippe Laflamme.

Outre l’augmentation de sa taille, qui lui a finalement permis de s’adapter à un plus grand nombre d’appareils, l’IFlow Pro a été simplifié. « Dans le prototype, il fallait dévisser et trouver le bon angle. Maintenant, ça se fait tout seul », seréjouit Jo-Philippe Laflamme.

 
 
 

« En design industriel, on est toujours confronté aux contraintes techniques et de fabrication (résistance, poids des matériaux, etc.). On doit s’adapter pour créer une belle forme, un produit ergonomique mais aussi fabricable et commercialisable »

—  Jo-Philippe Laflamme — 
Cofondateur et copropriétaire, Tak Design

 
 
 

Cette simplification résulte du travail commun des ingénieurs et des designers industriels de Tak Design. « En design industriel, on est toujours confronté aux contraintes techniques et de fabrication (résistance, poids des matériaux, etc.). On doit s’adapter pour créer une belle forme, un produit ergonomique mais aussi fabricable et commercialisable », reconnaît M. Laflamme.

En donnant à l’IFlow Pro – qui s’est vendu à 700 exemplaires depuis sa commercialisation en décembre 2013 – « une uniformité géométrique, un bon look grâce notamment à de bonnes proportions, en le rendant manipulable facilement, on a facilité sa vente », affirme Jo-Philippe Laflamme, convaincu que les entreprises qui font appel à ses services rentabilisent leur investissement en « 12 à 36 mois » et jouissent d’une image de marque renouvelée.

De nombreux entrepreneurs* reconnaissent désormais les bénéfices d’une large intégration du design industriel aux processus de développement de produits. Certains secteurs d’activités tardent cependant à en tirer pleinement profit. Une fois les entreprises sur la voie, il suffit parfois d’un premier succès pour convaincre les décideurs de l’adopter définitivement.

 

*Note : Synthèse des résultats de l'enquête sur la perception et l'utilisation du design industriel par les entreprises manufacturières québécoises, Gouvernement du Québec, ministère du Développement économique, de l’Innovation et des Exportations, avril 2008, 32 pages.

 

Publié le 21 octobre 2014

 
Vincent Cloutier