Une nouvelle vie grâce à l'innovation

Par Nathalie Vallerand


 

Au tournant des années 2000, un fabricant de textiles montréalais, Tricots Maxime, est frappé de plein fouet par le déclin de l’industrie du vêtement. L’apport d’une designer industrielle lui permettra de se recycler dans un nouveau marché et même d’en devenir un leader.

 
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De sa fondation en 1985 jusqu’au début des années 2000, les affaires vont bien pour Tricots Maxime. L’entreprise fabrique des textiles de type tricot circulaire pour ses clients de la rue Chabanel, à Montréal, qui, eux, confectionnent des robes de chambre, des vêtements de sport, des t-shirts. Sa croissance est constante et son effectif grimpe jusqu’à 75 employés. Et puis, coup dur : le Canada élimine progressivement les quotas d’importation de textiles et de vêtements, laissant le champ libre à des producteurs de la Chine, de l’Inde, du Mexique et d’autres pays en développement.

Pour Tricots Maxime, comme pour les autres entreprises du secteur, les affaires périclitent. En 2006, elle n’a plus qu’une quinzaine d’employés. 

Se refusant à la laisser mourir à petit feu, son président, Denis Thériault, se met en quête d’un nouveau marché. C’est à Bruxelles, à l’occasion d’une foire commerciale, qu’il trouve l’idée qui deviendra la planche de salut de l’entreprise : fabriquer des textiles de matelas, plus précisément le recouvrement extérieur. 

Une étude de marché et des rencontres avec des fabricants de matelas lui en confirment le potentiel. Aucune entreprise ne fabrique ce type de produits au Canada. Les fabricants de matelas s’approvisionnent aux États-Unis et en Europe. Ce faisant, ils doivent tenir des inventaires coûteux. En plus d’une flexibilité accrue, un fournisseur local leur permettrait de fonctionner selon le mode juste à temps.

 

L'apprentissage

Tricots Maxime fait venir d’Allemagne de nouvelles machines à tricots circulaires double jacquard et se lance dans l’aventure. « Nous étions bons pour tricoter des tissus, mais nous n’avions pas d’expérience dans les matelas », raconte le fils du fondateur, Maxime, qui fait son entrée à temps plein dans l’entreprise à cette époque. Le premier modèle est tout blanc, sans motifs ni reliefs. Fonctionnel, oui, mais sans charme. Or, quand un consommateur magasine un matelas, il remarque d’abord l’apparence des produits. Cette pièce de tissu a donc une importance primordiale. 

 
 
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L’entreprise réalise qu’il lui faut un designer industriel pour travailler au développement de produits afin de rendre ceux-ci aussi attrayants que fonctionnels. À la fin de 2007, elle embauche Catherine Ellyson, tout juste diplômée de l’Université de Montréal en design industriel. Elle ne connaît rien aux tricots circulaires mais, forte de sa formation, elle s’attelle à l’ouvrage pour se familiariser avec leur mode de fabrication. D’une grande polyvalence, le designer industriel, en effet, peut aider n’importe quel type d’entreprises à concevoir ou à améliorer leurs produits en vue d’une fabrication industrielle. Il participe aussi au développement et à l’optimisation des procédés de fabrication. 

Avec la collaboration des mécaniciens et des employés de production, Catherine commence à concevoir diverses structures textiles. « Nos premières structures, c’est-à-dire la façon dont les mailles sont entrecroisées, étaient très simples, dit-elle, mais, au fil du temps, elles sont devenues de plus en plus complexes et raffinées. »

 
 
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Recouvrements extérieurs de matelas conçus et fabriqués par Tricots Maxime. La technologie de tricots circulaires doublée de l'expertise du design industriel a permis à l'entreprise de créer des structures complexes et raffinées. 

 
 

Design exclusif

Chaque année, la designer industriel de 30 ans et son équipe développent des dizaines et des dizaines de nouveaux modèles, car c’est ce qui permet aux fabricants de matelas de se distinguer. Il faut savoir que la plupart de ceux-ci fournissent des matelas au look exclusif à chaque détaillant. D’une enseigne à l’autre, on trouve rarement des matelas identiques, tout comme on ne voit pas un recouvrement pareil d’une marque de matelas à l’autre. « Avant de faire affaires avec Tricots Maxime, nous faisions venir des conteneurs de tissus de la Belgique, relate Mario Gélinas, président de Zedbed, un fabricant québécois de matelas écologiques à mousse mémoire. Ça nous coûtait plus cher et nous n’avions pas de design personnalisé. Notre compétitivité en souffrait, car les détaillants veulent des produits exclusifs. Maintenant, nous pouvons leur en offrir et, en plus, notre logo est intégré au revêtement ! » 

 
 
 

« Avant de faire affaires avec Tricots Maxime, nous faisions venir des conteneurs de tissus de la Belgique. Ça nous coûtait plus cher et nous n’avions pas de design personnalisé. Notre compétitivité en souffrait, car les détaillants veulent des produits exclusifs. Maintenant, nous pouvons leur en offrir et, en plus, notre logo est intégré au revêtement ! »

—  Mario Gélinas — 
Président, Zedbed

 
 
 

Or, il ne s’agit pas que de dessiner des motifs, mais aussi de concevoir la structure des mailles qui donnera vie à ces motifs et procurera diverses épaisseurs et divers reliefs, en fonction des demandes des fabricants. « Tu peux créer les plus beaux motifs au monde, mais ça ne vaut pas grand-chose s’il est impossible de les tricoter en grandes quantités, lance Maxime Thériault, qui est appelé à prendre la relève de l’entreprise familiale. Il faut amener les dessins jusqu’aux machines, s’assurer que c’est techniquement réalisable. Et c’est ce que Catherine fait chaque jour. » 

Selon lui, l’apport de cette designer industriel a été un tremplin. Depuis 2009, les revenus de Tricots Maxime grimpent de 50 % presque chaque année. En Amérique du Nord seulement, elle a pour clients quelque 300 fabricants de matelas, dont de grands noms comme Sealy, Simmons et Serta. « Au pays, la moitié des matelas en magasin sont recouverts d’un de nos produits ! », s’enorgueillit le jeune dirigeant de 29 ans. L’entreprise est devenue le plus gros joueur en importance au Canada et le quatrième en Amérique du Nord. Et elle exporte maintenant en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Mexique… et même en Chine ! 

Avec 70 employés, son effectif est presque revenu à son niveau des années 1990. Le nombre de machines à tricots circulaires électroniques, lui, est passé de 4 au début de la réorientation à 40 aujourd’hui. La PME vient d’ailleurs d’investir 1,4 million de dollars dans de la nouvelle machinerie.

Innover toujours

En plus de se réinventer avec des centaines de nouveaux revêtements chaque année, Catherine Ellyson et son équipe de designers textiles et de mécaniciens s’emploient à mettre au point de nouvelles applications, comme les bandes tricotées pour les côtés des matelas. Offert depuis quelques mois, ce produit présente plusieurs avantages par rapport aux traditionnelles bandes tissées. « Les textiles tricotés sont plus extensibles et ne plissent pas, explique la designer, qui y a travaillé plusieurs mois. Les fabricants de matelas, qui font l’assemblage en usine, ont ainsi moins de rejets. » 

Avec cette nouveauté, Tricots Maxime peut offrir à ses clients des ensembles complets d’habillage pour les matelas. Ils n’auront plus à se procurer cette pièce de tissu auprès de fournisseurs asiatiques, ce qui les aidera à dormir sur leurs deux oreilles, car trouver des morceaux qui se coordonnent bien entre eux n’est pas chose facile. 

 
 
 

«  Une entreprise manufacturière a besoin de gens capables de comprendre les besoins des clients et de transformer les idées en produits.

—  Maxime Thériault — 
Vice-président, opérations commerciales, Tricots Maxime

 
 
 

Catherine planche maintenant sur la conception de produits pour le marketing des matelas en magasin : oreillers, coussins, tissu de protection au pied des lits, etc. « J’aime beaucoup travailler dans une usine, car nous pouvons faire des tests sur place au lieu de faire faire des prototypes en Chine ou ailleurs. C’est très stimulant. »

Maxime Thériault, de son côté, estime que le design industriel a permis à l’entreprise familiale de survivre à la crise et de devenir un chef de file dans un nouveau marché. « Une entreprise manufacturière a besoin de gens capables de comprendre les besoins des clients et de transformer les idées en produits. » 

 
 

— L'AVENIR EST AUX TEXTILES INTELLIGENTS —

Après le déclin de l'industrie du vêtement, Tricots Maxime a trouvé son salut dans les textiles pour matelas. Mais d'autres se sont tournés vers les textiles intelligents ou techniques. Au Québec, ce domaine est en pleine effervescence.

Au cours des dernières années, plusieurs innovations ont vu le jour dans le secteur des vêtements de protection. On a développé, par exemple, des textiles chauffants conçus pour résister à des conditions climatiques extrêmes. On a aussi créé des tissus qui bloquent et neutralisent les agents chimiques et d'autres qui forment une barrière contre l'eau, le froid, le feu, les bactéries. Ces tissus peuvent servir aux secteurs militaire, médical, industriel, minier, etc. L'entreprise Stedfast, de Granby, est une figure de proue dans ce domaine.

Les performances sportives sont également dans la mire des entreprises innovantes. Ainsi, des vêtements qui mesurent l'activité cardiaque et respiratoire et même l'intensité de l'activité physique sont déjà sur le marché.

D'autres innovations misent sur le souci des parents pour la sécurité de leur progéniture. L'entreprise montréalaise LuvGear, notamment, fabrique des camisoles pour bébés munies d'un capteur qui change de couleur lorsque l'enfant fait de la fièvre. Et des vêtements pour enfants qui donnent des précisions sur l'intensité des rayons solaires ! D'autres applications des textiles intelligents ou techniques concernent les domaines des transports, de l'environnement, de la construction. Dans plusieurs entreprises, des designers industriels participent à ces développements qui permettent à l'industrie textile québécoise de se réinventer. Et comme l'essence même du design industriel est l'innovation, nul doute qu'il jouera un rôle de plus en plus déterminant dans l'avenir de cette industrie.

 
 

Publié le 21 octobre 2014

 
 
 

PME Mtl a récemment publié sur son blogue un article portant sur Tricots Maxime. Vous pouvez le consulter en visitant le lien suivant: https://pmemtl.com/blogue/survivre-grace-a-sa-capacite-d-adaptation

 
Vincent Cloutier