QUESTIONS RÉPONSES: MARIE-FRANCE POULIN, PARTIE 1

Par Louis Drouin et Marie-Claude Tessier


Le dossier Q-R (Questions et réponses) est un échange entre entrepreneurs, spécialistes en développement de produits et designers industriels à propos de pratiques innovantes. Il prend la forme de questions, formulées par des entrepreneurs, auxquelles divers spécialistes ont été invités à répondre. Nous souhaitons ainsi créer des ponts entre les acteurs de l’innovation au Québec.


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Cet article est la première partie d'un Questions Réponses avec Marie-France Poulin.

Vous pouvez lire la deuxième partie ici

 

> VICE-PRÉSIDENTE DE KALIA, UNE ENTREPRISE FONDÉE EN 2007 DANS LE SECTEUR DE LA ROBINETTERIE, ET DE CAMADA, MARIE-FRANCE POULIN A DÉBUTÉ SON PARCOURS PROFESSIONNEL CHEZ MAAX EN 1985. AU COURS DE SA CARRIÈRE, ELLE A ACQUIS UNE VASTE EXPÉRIENCE EN PLANIFICATION STRATÉGIQUE AINSI QU'EN MISE EN MARCHÉ DE NOUVEAUX PRODUITS.

C’est pourquoi nous l’avons conviée à nous exposer les stratégies adoptées par son entreprise dans la définition de l’image de marque de nouveaux produits.

L’image de marque était l’une des prémisses de notre modèle d’affaires. Nous nous devions de développer des produits et une marque qui aient une valeur ajoutée pour nos clients. Nos produits et leurs prix étaient positionnés moyen de gamme, mais nous leur avons donné une valeur perçue plus grande. Le consommateur sent alors qu’il acquiert un produit de très bonne qualité au design exclusif.

Plusieurs éléments devaient être considérés dans l’élaboration de notre image de marque : le produit, mais aussi le service, c’est-à-dire l’expérience offerte au client. Notre vision de l’étude des besoins est large : de l’emballage à la manipulation et à l’installation, nous nous consacrons à l’utilisateur, mais également aux intervenants de la chaîne logistique et d’installation. Les designers doivent en tenir compte. Ça devient un réflexe chez eux. Nous dessinons chacun de nos produits et ils ont donc tous la saveur Kalia.

C’est important d’impliquer les designers industriels jusque dans la communication. Grâce à eux, on véhicule le bon message et l’équipe de design se rapproche de la clientèle. C’est primordial si on veut développer les bons produits.


> DANS UN CONTEXTE DE CONCURRENCE MONDIALE, COMMENT LE DESIGNER INDUSTRIEL FAIT-IL POUR DÉVELOPPER DES PRODUITS À VALEUR AJOUTÉE QUI SE DÉMARQUENT ET SE VENDENT BIEN ? EST-CE PLUS DIFFICILE AUJOURD'HUI QU'IL Y A 20 ANS ?

— Marie-France Poulin



Michel Morelli, designer industriel et président chez Morelli Designers

Il y a 20 ans, les besoins des clients étaient souvent mal définis quant à l’utilisation du design industriel. Notre profession a évolué et nous sommes devenus un élément clé de l’entreprise. Nous devons non seulement répondre au mandat que nous attribue le client, mais aussi bien saisir tous les détails qui entrent dans le développement du produit. Notre rôle se situe au coeur des projets, entre les besoins de rentabilité du président, ceux de positionnement de l’équipe de marketing, sans oublier ceux de montage et d’entretien faciles des gens de la production.

Il y a 20 ans, la globalisation des marchés n’en était qu’à ses débuts. Le contexte actuel complexifie notre mandat, mais il nous rend essentiels à sa compréhension. Récemment, une entreprise nous a confié le mandat de réaliser l’intérieur d’un wagon de train. Nous avons convaincu ses dirigeants de l’importance de s’attarder à l’ensemble de l’expérience client; de comprendre comment celui-ci entre en station, puis est amené sur la plateforme, la façon dont il est reçu et servi à l’intérieur des voitures, quel type de menu lui est proposé, etc. Cela nous a permis d’améliorer la perception qu’a l’usager de la qualité du service. Donc, bien au-delà de réaliser un produit, nous avons développé un service. C’est entre autres ce qui permet à l’entreprise de se démarquer.

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L’étude de l’expérience globale des usagers pour la conception d’un intérieur de wagon de train a pour effet d’enrichir le processus de conception du projet et d’offrir un produit plus adapté aux besoins des clients.



Patrick Messier, designer stratégique et président chez MESSIER Designers

Si un designer industriel travaille de la même manière qu’il y a 20 ans et n’a pas développé une approche plus stratégique, alors oui, arriver à un bon résultat sera plus difficile.

Pour pouvoir agir de façon stratégique, le designer doit s’assurer de disposer du budget et de la latitude nécessaires pour réaliser les recherches qui s’imposent afin de cerner les possibilités de création d’un nouveau produit. Ces recherches impliquent des rencontres avec les différentes parties prenantes du projet.

Le designer doit comprendre comment faciliter le travail de tous ceux qui sont en contact avec le produit et qui participent au processus de vente : l’installateur, le détaillant, le distributeur, etc.

Aujourd’hui, le designer industriel doit s’autoformer pour réaliser des enquêtes de terrain, des études ethnographiques... Pour créer un produit qui enrichisse l’expérience de l’usager, il faut étudier les rituels, le comportement des gens, leur façon de vivre mais, pour ce faire, le designer doit adopter une approche stratégique.

 
 
 

Publié le 21 octobre 2014

Vincent Cloutier