QUESTIONS RÉPONSES: MARIE-FRANCE POULIN, PARTIE 2

Par Louis Drouin et Marie-Claude Tessier


Le dossier Q-R (Questions et réponses) est un échange entre entrepreneurs, spécialistes en développement de produits et designers industriels à propos de pratiques innovantes. Il prend la forme de questions, formulées par des entrepreneurs, auxquelles divers spécialistes ont été invités à répondre. Nous souhaitons ainsi créer des ponts entre les acteurs de l’innovation au Québec.


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Cet article est la deuxième partie d'un Questions Réponses avec Marie-France Poulin.

Vous pouvez lire la première partie ici

 

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Dans un contexte manufacturier qui s'est largement transformé, où, pour nombre d'industries, l'usine et le centre de recherche ne se trouvent plus au même endroit, quelles aptitudes un designer industriel doit-il développer pour conserver une proximité avec le produit ?

— Marie-France Poulin



Bernard Daoust, designer industriel consultant, collabore régulièrement avec des fournisseurs outre-mer.

La question soulevée ne s’adresse pas exclusivement aux designers. Toutes les entreprises devraient développer ces aptitudes.

De façon pragmatique, d’abord, une grande rigueur et le contrôle des outils numériques sont nécessaires. C’est fondamental lorsqu’on délocalise, puisqu’on doit fournir une définition exhaustive du produit.

 
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Triangle des éléments à prendre en considération pour les résultats d’un projet de recherche et développement : deux pôles peuvent généralement être favorisés simultanément afin de respecter les objectifs fixés.


À priori, le fichier 3D répond à toutes les questions, mais on doit aussi procéder à un contrôle serré du processus et avoir des outils de communication qui vont bien au-delà de la langue : expliquer les concepts sous forme d’esquisses, d’échantillons et de pièces.

Le designer doit aussi être revendicateur, puisqu’il devient une intersection essentielle et que cela lui impose beaucoup de responsabilités. Pour être à même d’assumer ces dernières, il lui faut détenir du pouvoir, par exemple celui d’influencer le choix des fournisseurs, sans quoi les intentions de design pourraient dévier. Être revendicateur, c’est aussi réclamer d’être présent sur place : dans les salons commerciaux, aux sessions de tests, au labo. Rien de tel que de voir l’usine, d’être face à l’ingénieur qui développe ton moule. Souvent, cette décision de délocaliser la production implique des coûts plus élevés de recherche et développement. C’est un triangle irréductible : la rapidité du développement, son coût et sa qualité. Il est difficile d’obtenir les trois dans ce contexte, alors mieux vaut choisir deux des trois aspects. Couper partout, ça affecte la qualité du produit. Dans la chaîne de commandement, parfois, peu de gens y sont sensibles. C’est pourquoi les entreprises devraient laisser cet espace au designer, dans le meilleur intérêt du produit et, à long terme, de l’image de l’entreprise.

De façon moins pragmatique mais tout aussi essentielle, il faut aussi décoller du produit, ne pas perdre l’être humain de vue au fil du processus. Dans cette constellation de technologies et de matérialité, la fin du film, c’est un utilisateur heureux !

 

Éric Beauchemin, designer de produits chez Trudeau Corporation, s’est à plusieurs reprises rendu en Chine dans le cadre de son travail.

Le rôle du designer dans le projet ou dans la compagnie est décisif. Est-il impliqué dans le projet du début à la fin ou intervient-il seulement à un moment précis de la démarche ? Chez Trudeau Corporation, les designers sont impliqués à toutes les étapes du processus.

Pour communiquer facilement avec les usines et avoir bien en main le développement technique d’un projet complexe et innovant, il faut que le designer rencontre les gens des usines délocalisées. Il peut alors réaliser le design en considérant les moyens dont celles-ci disposent. Dans le cas contraire, il est difficile d’envoyer des spécifications et d’espérer qu’elles soient comprises et réalisées tel qu’envisagé.

Le designer doit savoir négocier. En ayant une excellente connaissance technique des matériaux et des procédés de fabrication, il peut échanger sur un pied d’égalité avec ses fournisseurs.

Il faut également savoir s’adapter et faire preuve d’une certaine souplesse dans l’exécution, prévoir des plans B et C et avoir plusieurs versions du projet en tête afin d’anticiper la réponse lorsque le plan initial n’est pas réalisable.

 
 
 

Publié le 21 octobre 2014

Vincent Cloutier