QUESTIONS RÉPONSES: JEAN-SÉBASTIEN COURNOYER

Par Louis Drouin et Marie-Claude Tessier


Le dossier Q-R (Questions et réponses) est un échange entre entrepreneurs, spécialistes en développement de produits et designers industriels à propos de pratiques innovantes. Il prend la forme de questions, formulées par des entrepreneurs, auxquelles divers spécialistes ont été invités à répondre. Nous souhaitons ainsi créer des ponts entre les acteurs de l’innovation au Québec.


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> COFONDATEUR DE MONTREAL START UP ET DE REAL VENTURES, PARTENAIRE CHEZ FOUNDERFUEL, JEAN-SÉBASTIEN COURNOYER TRAVAILLE DEPUIS PLUSIEURS ANNÉES AVEC LA RELÈVE EN ENTREPRENEURIAT DANS LE DOMAINE DES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION.

Nous avons donc voulu connaître son point de vue d’entrepreneur et d’investisseur sur les stratégies de développement de produits et services dans ce domaine.

La majorité des grands produits ou services sont créés en passant par un créateur ou un groupe de créateurs motivés par une passion ou par leur expérience d’une industrie. Pour appuyer la genèse d’une idée, il existe peu d’outils. On en trouve plus facilement quand il s’agitde la raffiner. Une version initiale d’un produit peut être lancée, puis des itérations effectuées, Twitter en est un bon exemple. Les développeurs de produits peuvent utiliser quatre axes différents pour réaliser ces itérations. D’abord, l’acquisition, la capacité du produit à acquérir de nouveaux usagers, son potentiel viral. C’est-à-dire ce qui incite un usager à inviter d’autres personnes à utiliser ce produit. Puis, la rétention, lorsqu’une personne a utilisé le produit une première fois, continue-t-elle à le faire de façon régulière et pour combien de temps ? L’engagement est l’utilisation complète du produit par l’utilisateur. Par exemple, le fil de nouvelle Facebook est un outil qui stimule son engagement puisqu’il y a toujours du nouveau contenu. 

 

La dernière composante est la monétisation. Dans tout service, il faut prévoir la façon
dont seront réalisés les profits. 

Le fil conducteur de ces axes est l’expérience usager, à partir de laquelle tous les nouveaux produits sont créés. Pour cette raison, les UX [user experience] et les UI [user interface] designers sont très en demande. Grâce à des plateformes comme le iPhone ou le iPad, les gens sont maintenant habitués à interagir de façon très intuitive avec la machine. Ils s’attendent au même type d’expérience avec tous les services qu’ils utilisent à travers leur ordinateur. C’est une tendance qui est là pour rester. Cela crée de très belles avenues pour une nouvelle génération d’innovateurs.

Les quatre axes de développement d’un nouveau produit qui influencent l’expérience de l’usager dans le secteur des technologies.


 

> QUEL EST LE PROCESSUS DE CRÉATION ET DE DESIGN D'UN PRODUIT OU SERVICE QUI A POUR EFFET DE CRÉER UN BESOIN DANS UN NOUVEAU MARCHÉ ? COMMENT SE COMPARE-T-IL AVEC UN PRODUIT QUI RÉPOND À UN BESOIN EXISTANT ?

— Jean-Sébastien Cournoyer

Isabeau Lalonde, designer stratégiste chez Continuum, un consultant américain reconnu dans ce champ d’expertise

D’abord, une mise au point me semble nécessaire. « Créer un besoin dans un nouveau marché » est une approche qui, de mon point de vue, n’est ni très éthique ni très durable. À mon avis, on cherche plutôt à répondre à des besoins inassouvis.

La recherche en design, que ce soit pour un nouveau marché ou pour un besoin existant, débute toujours par l’utilisateur, mais, pour répondre à un nouveau marché, le processus de recherche est beaucoup plus large. Les questions que nous adressons aux usagers potentiels portent sur leur mode de vie, leurs habitudes, leurs valeurs et leurs désirs. Elles vont bien au-delà de l’industrie avec laquelle nous travaillons.

En plus de réaliser des recherches sur l’utilisateur final, il faut considérer l’utilisateur-client, connaître ses contraintes, ses attentes. Par exemple, un fabricant de couteaux de cuisine produisant des économes et ayant une chaîne de production d’outils en métal, ne pourrait accepter que le futur des économes, le nouveau marché à percer, le besoin inassouvi, ce soient des carottes râpées vendues en sacs.

Lorsqu’on effectue des recherches de tendances pour de nouveaux marchés, on observe l’évolution de secteurs similaires. Par exemple, l’évolution du modèle de l’offre, dans les industries de l’hôtellerie et du taxi, avec des services comme Airbnb et Uber. Il faut étudier le potentiel de changement de ces secteurs, par opposition à une recherche de formes, de styles et de modes des produits existants.

Tatjana Leblanc, professeur à l’École de design industriel de l’Université de Montréal

Normalement, il y a deux façons de voir la pratique en design industriel. La formation universitaire est de plus en plus basée sur l’usage, sur l’amélioration de la qualité de vie.

À plus petite échelle, cela signifie : améliorer, rendre plus efficace, plus résistante ou plus esthétique une partie d’un produit. À plus grande échelle, cela englobe un tout nouveau service qui aura le potentiel de bouleverser les modes de vie. 

Maintenant, si on parle de créer un besoin, c’est plus typiquement une intention qui nous est signifiée à travers un cahier des charges provenant de l’industrie, du marketing ou du secteur des nouvelles technologies. 

Certains avancements technologiques avec un grand potentiel sont imaginés de manière aléatoire et ne sont pas forcément basés sur des besoins réels. Un exemple clair, ce sont ces cellulaires qui sont de plus en plus petits pour être de plus en plus portatifs, jusqu’au moment où ça ne va plus parce que l’ergonomie de l’utilisateur et les facteurs humains, eux, restent les mêmes. De nouveaux gadgets sont alors créés, par exemple des claviers se rattachant à l’appareil pour en permettre une utilisation plus rapide. 

Donc, d’un côté, il y a le processus de design plus classique, axé sur l’utilisateur dans le but spécifique de répondre aux problèmes existants, et de l’autre on cherche à commercialiser un produit, une technologie qu’on a créés pour en tirer profit.

Par ailleurs, il est possible d’aborder cette dernière approche de manière beaucoup plus large. Des designers et des ingénieurs, par exemple, s’attaquant à ce genre d’aventure technologique dans une perspective transdisciplinaire d’innovation, peuvent, en réfléchissant de façon stratégique, trouver la pertinence de l’application de ces technologies, les mettre en application là où on en a véritablement besoin.

 

Publié le 21 octobre 2014