QUESTIONS RÉPONSES: SIMON-PIERRE PARÉ

Par Louis Drouin et Marie-Claude Tessier


Le dossier Q-R (Questions et réponses) est un échange entre entrepreneurs, spécialistes en développement de produits et designers industriels à propos de pratiques innovantes. Il prend la forme de questions, formulées par des entrepreneurs, auxquelles divers spécialistes ont été invités à répondre. Nous souhaitons ainsi créer des ponts entre les acteurs de l’innovation au Québec.


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> EN 1985, ROUSSEAU MÉTAL OFFRAIT PRINCIPALEMENT DES SERVICES DE FABRICATION EN SOUS-TRAITANCE. AUJOURD'HUI, L'ENTREPRISE EST RECONNUE POUR LES PERFORMANTS SYSTÈMES DE RANGEMENT MÉTALLIQUES QU'ELLE DÉVELOPPE, UN IMPORTANT VIRAGE.

Nous avons demandé à Simon-Pierre Paré, président, ainsi qu’à Michel Lacombe, directeur en recherche et développement, de nous exposer les grandes lignes des stratégies adoptées par Rousseau Métal en développement de produits.

ML

Il faut être au fait de ce qui est important pour nos clients et aussi tenir compte du réseau de distribution. D’autre part, il faut soutenir une veille de la concurrence, ainsi qu’une veille technologique des procédés de fabrication. Les nouvelles technologies entraînent souvent des possibilités en développement de produits.

SPP

Le marketing et la recherche et développement travaillent en parallèle. Ils maintiennent un circuit de communication constante. Nos équipes, d’abord celle de marketing, sondent le client afin de valider nos orientations. Pendant ce temps, en recherche et développement, on poursuit des explorations préliminaires, on évalue des concepts qui ont le potentiel d’être fiables et durables.

ML

Nous étudions les tendances, jumelons des gens en vente, marketing et recherche et développement dès le départ. Ils ont ainsi la chance de prendre connaissance sur le terrain du contexte d’utilisation des produits et de la réalité du marché.

SPP

À l’origine, Rousseau Métal fabriquait des produits sur mesure en fonction des besoins du client. Mais puisque nous attendions que les demandes proviennent de nos clients, nous n’étions pas en contrôle. C’est alors que nous avons renversé la vapeur afin d’établir notre réputation d’entreprise qui développe ses propres produits. Pour ce faire, nous avons greffé les fonctions marketing, design, ingénierie, etc., afin de mieux anticiper les besoins sur différents plans.

ML

Aujourd’hui, la plupart de nos produits sont conçus de façon modulaire. Il est possible de récupérer aisément certaines de leurs composantes pour les agencer différemment. Cela permet de répondre à de nombreux besoins et ainsi de déployer nos produits dans divers marchés.

 

 

> SACHANT QUE, POUR INNOVER, IL FAUT FAIRE APPEL À DE MULTIPLES ÉLÉMENTS ET INTERVENANTS QUI VONT AU DELÀ DU PRODUIT, LE DESIGNER INDUSTRIEL DOIT-IL ÉLARGIR SA ZONE DE COMPÉTENCE ET D'INFLUENCE ? QUEL RÔLE DOIT-IL JOUER ? QUELLE DOIT ÊTRE SA CONTRIBUTION ?

Fabienne Münch, directrice de l’École de design industriel de l’Université de Montréal, cumule plusieurs années d’expérience chez Herman Miller à titre de directrice du service d’idéation.

La question devrait être tournée dans l’autre sens. Les designers industriels ont une zone de compétence très large. Ce sont les industriels qui ne les laissent pas être influents au-delà d’un petit domaine d’intervention.

La question à leur poser devrait être : Quelle place êtes-vous disposés à donner au designer industriel et quel niveau de risque êtes-vous prêts à prendre lorsqu’il va formuler des propositions pas forcément alignées sur la réponse à laquelle vous vous attendiez ?

Alors, la question de base deviendrait: Comment le développement de nouvelles idées, de nouvelles stratégies, en passant par le design, peut-il aider les entreprises à conquérir de nouveaux marchés, à résoudre des problèmes pour lesquels les solutions existantes sont insuffisantes, voire inopérantes ?

Une fois que le chef d’entreprise a établi sa vision stratégique, il devrait travailler avec le designer à l’élaboration d’une feuille de route incluant de nouveaux domaines d’expansion, tirer profit des méthodes qu’on utilise en design pour imaginer une réponse à une problématique. Si vous appliquez cette approche à la stratégie de développement d’une entreprise, elle est tout à fait adéquate.

Un élément fondamental de la zone de compétence et d’influence du designer a trait à l’internationalisation. Ce dernier peut développer des compétences de gestion d’équipes multi-culturelles et faire preuve d’une grande discipline auprès de son partenaire industriel dans la gestion de projets à l’échelle internationale. 

Enfin, le designer doit jouer le rôle de consultant auprès de la haute direction des entreprises. Il faut lui accorder une place qui va bien au-delà de la conception de produits. Ce n’est plus ça, le design industriel. C’est gâcher du temps et du talent de confiner un designer au développement de produits.

 

Publié le 21 octobre 2014